Vous pouvez acheter, vendre ou gérer un bien en Espagne sans vous déplacer, grâce à une procuration notariée (poder notarial) qui désigne quelqu'un pour signer à votre place : votre avocat espagnol, un proche, parfois votre conjoint. Depuis la France, trois voies existent : le consulat d'Espagne (texte en espagnol, sans apostille, 39,08 € à Paris pour un achat ou une vente), un notaire français (rapide, mais il faut ensuite l'apostille, 10 ou 20 € hors taxes selon le délai, et en général une traduction), ou un notaire espagnol, lors d'un séjour ou, pour certains pouvoirs, par visioconférence. Le vrai enjeu n'est pas le coût : c'est un texte assez précis pour que le notaire espagnol l'accepte le jour de la signature, et assez limité pour vous protéger. Voici comment choisir, quoi y mettre et les erreurs qui font échouer une signature.
Ce qu'une procuration permet de faire à distance
Le poder est un acte notarié par lequel vous (le mandant, poderdante) autorisez une personne (le mandataire, apoderado) à accomplir en votre nom des actes précis. Bien rédigé, il couvre toute la chaîne d'un achat :
- demander votre NIE, si le bureau de police accepte la représentation ;
- ouvrir un compte bancaire et faire les virements liés à l'achat ;
- signer le contrat d'arrhes, puis l'acte d'achat (escritura) chez le notaire ;
- signer un prêt et l'hypothèque qui le garantit, si le pouvoir le prévoit expressément ;
- payer l'ITP ou la TVA, faire inscrire l'acte au registre de la propriété, signaler le changement de propriétaire au cadastre ;
- mettre à votre nom l'eau, l'électricité, l'assurance, et récupérer les clés.
La même logique sert pour vendre (voir notre guide du vendeur non-résident), pour accepter une succession ou pour signer un acte de copropriété.
Consulat, notaire français ou notaire espagnol : comparer les trois voies
| Voie | Formalités ensuite | Coût indicatif | Délai |
|---|---|---|---|
| Consulat général d'Espagne (en France, Belgique, Suisse…) | Aucune : l'acte est espagnol, rédigé en espagnol | Droits consulaires : 39,08 € pour un achat, une vente ou une succession, 36,07 € pour un pouvoir bancaire, 42,09 € pour un pouvoir général (Paris) | Selon la disponibilité des rendez-vous, parfois plusieurs semaines |
| Notaire français | Apostille, puis traduction assermentée sauf acte bilingue | Honoraires du notaire, apostille, traduction : de l'ordre de 150 à 400 € au total | Rendez-vous rapide ; apostille en 24 h ou 3 jours ouvrés, traduction en quelques jours |
| Notaire espagnol, sur place | Aucune | Quelques dizaines d'euros selon le tarif notarial, plus les copies | Souvent le jour même, sur rendez-vous |
| Notaire espagnol, par visioconférence | Aucune | Comparable à la voie sur place | Selon le notaire ; identification électronique exigée |
Au consulat d'Espagne
Le consul agit comme un notaire espagnol : le texte est directement valable en Espagne, sans apostille ni traduction. Au consulat de Paris, il faut résider dans sa circonscription ; on envoie d'abord par courrier le formulaire, les pièces et un chèque, puis on signe sur rendez-vous devant le consul. Pour un étranger, le consulat demande la copie du passeport et du NIE : si vous n'avez pas encore de NIE, demandez-le d'abord, au même consulat. C'est la voie la plus économique, mais la moins prévisible en délai.
Chez un notaire français
Le notaire rédige l'acte, vérifie votre identité et votre capacité, puis l'acte doit recevoir l'apostille pour être reconnu en Espagne (convention de La Haye de 1961). Depuis le 1er mai 2025, l'apostille n'est plus délivrée par les cours d'appel mais par le notariat, via les conseils régionaux des notaires, sous forme électronique (eApostille). La redevance est de 10 € HT par acte en délai normal (trois jours ouvrés) et de 20 € HT en délai rapide de 24 heures, pour les trois premiers actes. La demande s'initie en ligne, puis se dépose au guichet ou par courrier auprès de l'un des quinze centres d'apostille et de légalisation des conseils régionaux et chambres interdépartementales de notaires.
Reste la langue. Un acte en français seul doit être traduit par un traducteur assermenté reconnu en Espagne (traductor jurado). La solution élégante : demander au notaire un acte bilingue en deux colonnes, français et espagnol, que beaucoup de notaires espagnols acceptent sans traduction. Vérifiez-le à l'avance avec le notaire espagnol qui signera l'acte d'achat : c'est lui qui juge si la procuration étrangère est équivalente et suffisante.
Chez un notaire espagnol
Si vous passez quelques jours sur la Costa Brava, par exemple pour une visite, signer le pouvoir chez un notaire de Platja d'Aro, Palamós ou Sant Feliu de Guíxols est le plus simple : acte en espagnol, souvent signé le jour même, un interprète pouvant vous assister si vous ne maîtrisez pas la langue. Depuis le 9 novembre 2023, la loi espagnole permet aussi de signer par visioconférence un pouvoir pour des actes déterminés (pas un pouvoir général ni un pouvoir préventif), à condition de vous identifier avec un moyen électronique admis par l'administration espagnole. Dans la pratique, tous les notaires ne le proposent pas à des non-résidents : renseignez-vous auprès de l'étude choisie.
Que doit contenir la procuration ?
Une procuration trop vague bloque la signature ; une procuration trop large vous expose. La bonne est un pouvoir spécial (poder especial), limité à l'opération.
- L'identité complète du mandant et du mandataire, avec passeport ou carte d'identité et NIE s'ils existent.
- Le bien, identifié par son adresse, sa référence cadastrale et ses données au registre si vous les avez, ou au moins sa commune.
- Les actes autorisés, un par un : signer les arrhes, l'acte d'achat, payer le prix et les impôts, ouvrir un compte, demander le NIE, souscrire les contrats de services.
- Les limites : prix maximal, date de validité, interdiction de revendre ou d'hypothéquer si ce n'est pas prévu.
- Le prêt, s'il y en a un : la faculté de signer un prêt hypothécaire doit être expresse, avec un montant maximal.
- Votre régime matrimonial, s'il doit apparaître dans l'acte d'achat : voir notre guide sur l'achat en couple et le régime matrimonial.
- Deux clauses à décider en connaissance de cause : la substitution (le mandataire peut-il déléguer à un autre ?) et l'autocontrat (autocontratación, le mandataire peut-il agir alors qu'il a lui-même un intérêt dans l'opération ou représente aussi l'autre partie ?). Par défaut, ne les accordez pas.
Combien de temps la procuration reste-t-elle valable ?
En droit espagnol, un pouvoir n'a pas de date d'expiration légale : il vaut jusqu'à sa révocation, la mort du mandant ou certaines mesures de protection juridique le concernant, sauf si vous y inscrivez une durée. Le notaire espagnol ne peut pas toujours savoir qu'un pouvoir a été révoqué : c'est à vous de prévenir. Les banques, elles, se montrent souvent réticentes face à un pouvoir de plus de quelques mois ou d'un an. Pour un achat, fixez une durée de six à douze mois : cela vous protège et rassure les interlocuteurs.
Pour révoquer, passez chez un notaire (ou au consulat) et informez vous-même le mandataire, la banque et le notaire qui doit signer : ce que le mandataire fait avec des tiers de bonne foi qui ignorent la révocation peut rester valable (articles 1734 et 1738 du Code civil espagnol).
Le calendrier pour ne pas rater la date de l'acte
- Dès l'offre acceptée : choisissez la voie et le mandataire. Demandez à votre avocat espagnol de rédiger le projet de pouvoir, en espagnol ou bilingue.
- Faites valider le projet par le notaire espagnol qui signera l'acte : il vous dira s'il accepte la forme et la langue.
- Signez au consulat, chez un notaire français ou espagnol.
- Apostille et traduction si la voie française est choisie.
- Envoyez l'original au mandataire par courrier suivi. Une copie scannée ne suffit pas pour une procuration papier. Si l'apostille est électronique, demandez au notaire espagnol sous quelle forme il accepte le document.
- Prévoyez une marge de deux semaines avant l'acte au minimum.
Les erreurs qui font échouer une signature à distance
- L'apostille oubliée sur un acte de notaire français : le notaire espagnol refuse de signer.
- Un pouvoir qui ne vise pas le prêt : la banque ne peut pas signer l'hypothèque, et l'achat tombe.
- Un nom mal orthographié ou différent du passeport et du NIE.
- Un pouvoir signé par un seul des deux époux alors que le bien est acheté à deux : chaque acquéreur doit donner son propre pouvoir, dans le même acte ou séparément.
- Un mandataire mal choisi : l'agent immobilier du vendeur, par exemple, a un intérêt opposé au vôtre. Préférez un avocat indépendant, ou un proche.
- Croire que le notaire vérifie tout : il contrôle la légalité de l'acte et l'identité des parties, pas l'état du bien, les dettes de copropriété ou l'urbanisme. C'est le travail de l'avocat : voir pourquoi prendre un avocat pour acheter en Espagne.
Après l'achat : une procuration pour gérer
Une fois propriétaire, une procuration limitée à la gestion (démarches auprès de la mairie, du cadastre, des fournisseurs, de la copropriété) permet à une personne de confiance d'agir sans vous déranger. Elle ne remplace pas l'apoderamiento électronique du fisc espagnol, qui se donne séparément en ligne pour les déclarations fiscales. Ce sont des démarches que nous prenons en charge pour nos propriétaires : voir les démarches administratives.
Mis à jour en septembre 2026.
Questions fréquentes
Peut-on acheter en Espagne sans se déplacer ?
Oui. Une procuration notariée permet à un mandataire de signer à votre place les arrhes, l'acte d'achat et, si elle le prévoit, le prêt. Chaque acheteur doit avoir son NIE et donner son propre pouvoir.
Combien coûte une procuration pour acheter en Espagne ?
39,08 € de droits consulaires au consulat d'Espagne à Paris pour un pouvoir d'achat. Chez un notaire français, comptez ses honoraires, l'apostille (10 ou 20 € HT selon le délai) et, sauf acte bilingue, une traduction assermentée : de l'ordre de 150 à 400 € au total.
Faut-il apostiller une procuration signée chez un notaire français ?
Oui. Depuis le 1er mai 2025, l'apostille est délivrée par le notariat (conseils régionaux des notaires), et non plus par la cour d'appel. Une procuration signée au consulat d'Espagne n'en a pas besoin.
La procuration doit-elle être traduite en espagnol ?
Si elle est rédigée en français seulement, oui, par un traducteur assermenté. Un acte bilingue en deux colonnes évite souvent la traduction ; faites-le confirmer par le notaire espagnol qui l'utilisera.
Qui choisir comme mandataire ?
Un avocat espagnol indépendant ou un proche de confiance. Évitez une personne qui a un intérêt dans la vente, comme l'agent du vendeur.
Une procuration espagnole a-t-elle une durée de validité ?
Pas légalement : elle vaut jusqu'à révocation ou décès. Mais les banques et certains notaires hésitent devant un pouvoir ancien. Inscrivez une durée et faites-en une nouvelle si nécessaire.
Peut-on signer une procuration espagnole par visioconférence ?
Depuis novembre 2023, la loi le permet pour les pouvoirs portant sur des actes déterminés, pas pour les pouvoirs généraux. Il faut un moyen d'identification électronique accepté, et un notaire qui propose ce service.
- Consulat général d'Espagne à Paris : procurations et droits consulaires
- Service-Public.fr : légalisation ou apostille d'un acte public français
- BOE : loi sur le notariat, article 17 ter (actes signés par visioconférence)
- Conférence de La Haye : convention du 5 octobre 1961 supprimant la légalisation (apostille)