Prendre sa retraite sur la Costa Brava change votre fiscalité dès que vous passez plus de 183 jours par an en Espagne ou que vous y installez le centre de votre vie. À partir de là, une pension du privé (régime général, Agirc-Arrco) est imposée en Espagne, pas en France, tandis qu'une pension de fonctionnaire reste imposée en France. Vous ne payez plus la CSG, mais une cotisation maladie de 3,2 % à 4,2 % si vous gardez la couverture française via le formulaire S1. Et la Catalogne n'est pas la région la plus douce d'Espagne : pour une pension moyenne, l'impôt sur le revenu y est souvent plus élevé qu'en France. Ce guide pose les chiffres, le calendrier et les pièges, idéalement avant même de signer l'achat.
Votre pension sera-t-elle imposée en France ou en Espagne ?
La réponse est dans la convention fiscale franco-espagnole du 10 octobre 1995. Elle répartit le droit d'imposer selon l'origine de la pension, pas selon l'endroit où elle est versée.
| Type de pension | Exemples | Où est-elle imposée si vous résidez en Espagne ? |
|---|---|---|
| Pension privée (article 18) | Régime général (CNAV/Carsat), Agirc-Arrco, retraite d'indépendant, retraite supplémentaire d'entreprise | Uniquement en Espagne |
| Pension publique (article 19) | Fonctionnaires d'État, territoriaux et hospitaliers, militaires | Uniquement en France. L'exception de l'article 19 ne joue que si vous êtes à la fois résident et ressortissant espagnol sans posséder en même temps la nationalité française : un binational franco-espagnol reste donc imposé en France |
| Revenus fonciers français | Loyers d'un appartement gardé en France | En France ; l'Espagne les déclare aussi mais accorde un crédit d'impôt |
Deux précisions que l'on découvre souvent trop tard. D'abord, une pension publique imposée en France n'est pas ignorée par l'Espagne : elle est déclarée et sert à calculer le taux applicable à vos autres revenus. C'est l'article 24 de la convention : lorsqu'un revenu perçu par un résident d'Espagne y est exonéré, l'Espagne peut malgré tout en tenir compte pour calculer l'impôt sur le reste de ses revenus — l'exemption dite « avec progressivité ». Ensuite, une carrière mixte (dix ans dans le privé, vingt ans dans la fonction publique) implique une déclaration dans chaque pays, chacun sur sa part. Notre guide de la convention fiscale France-Espagne détaille les autres catégories de revenus.
À partir de quand devient-on résident fiscal espagnol ?
La loi espagnole de l'impôt sur le revenu (IRPF) vous considère comme résident si, sur une année civile, vous remplissez un seul de ces critères :
- plus de 183 jours de présence en Espagne, consécutifs ou non, les absences temporaires comptant comme présence sauf preuve d'une résidence fiscale ailleurs ;
- le centre principal de vos activités ou de vos intérêts économiques est en Espagne ;
- votre conjoint non séparé et vos enfants mineurs à charge résident en Espagne (présomption que vous pouvez combattre).
La France applique ses propres critères (foyer, lieu de séjour principal, centre des intérêts). Si les deux pays vous revendiquent, la convention tranche : foyer d'habitation permanent, puis centre des intérêts vitaux, puis séjour habituel, puis nationalité. Garder un appartement disponible en France tout en vivant sur la Costa Brava crée précisément ce conflit. Tout est expliqué dans notre guide sur la règle des 183 jours.
La santé : S1, cotisation maladie et fin de la CSG
Si vous ne percevez qu'une pension française, la France reste compétente pour votre assurance maladie, mais vous êtes soigné en Espagne. Le mécanisme passe par le formulaire S1 :
- Demandez le S1 à votre caisse d'assurance maladie française (CPAM) avant le départ ; la Cnav propose aussi un questionnaire d'étude des droits aux soins à l'étranger.
- Une fois installé, inscrivez-le à l'INSS (Instituto Nacional de la Seguridad Social) de Gérone, qui vous ouvre des droits comme un assuré espagnol.
- Demandez ensuite votre carte sanitaire catalane (TSI) au centre de santé de votre commune, le CAP, où l'on vous attribue un médecin de famille.
Côté pension, ce changement a un effet financier. Tant que vous êtes résident fiscal français, votre retraite supporte la CSG, la CRDS et la CASA, jusqu'à 9,1 % au taux plein selon votre revenu fiscal de référence. Dès que vous êtes résident fiscal hors de France, ces prélèvements disparaissent, mais un retraité couvert par la France via le S1 paie une cotisation d'assurance maladie de 3,2 % sur la pension de base et de 4,2 % sur la complémentaire (7,1 % pour les retraites d'indépendants), selon le CLEISS. Le gain net est donc de l'ordre de 5 à 6 points au taux plein, pas 9,1 % comme on le lit souvent. Si vous étiez au taux réduit ou exonéré de CSG, il peut même être nul.
Sans S1 (par exemple avant d'avoir liquidé vos droits), il reste l'assurance santé privée ou, après un an de résidence effective en Espagne justifiée par le padrón municipal, le convenio especial de la Sécurité sociale espagnole : 60 € par mois avant 65 ans et 157 € par mois à partir de 65 ans (Real Decreto 576/2013). Médecins francophones, urgences et pharmacies : voir notre guide pour se soigner sur la Costa Brava.
Combien d'impôt sur le revenu en Catalogne ?
L'IRPF additionne un barème de l'État et un barème régional. Celui de la Catalogne a été refait par le décret-loi catalan 5/2025, avec effet au 1er janvier 2025 ; c'est le dernier publié, et il reste celui en vigueur. Pour un résident de la Costa Brava, les deux s'appliquent sur la même base :
| Barème de l'État | Taux | Barème catalan (depuis 2025) | Taux |
|---|---|---|---|
| Jusqu'à 12 450 € | 9,5 % | Jusqu'à 12 500 € | 9,5 % |
| 12 450 à 20 200 € | 12 % | 12 500 à 22 000 € | 12,5 % |
| 20 200 à 35 200 € | 15 % | 22 000 à 33 000 € | 16 % |
| 35 200 à 60 000 € | 18,5 % | 33 000 à 53 000 € | 19 % |
| 60 000 à 300 000 € | 22,5 % | 53 000 à 90 000 € | 21,5 % |
| Au-delà de 300 000 € | 24,5 % | 90 000 à 120 000 € / 120 000 à 175 000 € / au-delà | 23,5 % / 24,5 % / 25,5 % |
Le taux marginal combiné démarre donc à 19 % et atteint 50 % au sommet. En face, les allègements pour un retraité sont modestes :
- un minimum personnel de 5 550 €, porté à 6 700 € à partir de 65 ans et à 8 100 € à partir de 75 ans, qui n'est pas imposé. La Catalogne fixe elle aussi son minimum personnel à 5 550 €, et les majorations d'âge de la loi de l'État s'y ajoutent : les deux moitiés de l'impôt se calculent donc sur le même minimum ;
- une déduction forfaitaire de 2 000 € de « frais » sur les pensions, qui sont traitées comme des revenus du travail ;
- une réduction supplémentaire pour les petites pensions (revenu net inférieur à 19 747,50 €), dégressive.
Exemple. Marie, 67 ans, seule, vit à Palafrugell avec 24 000 € bruts par an de pensions du privé. Base imposable : 24 000 − 2 000 = 22 000 €. Impôt de l'État : environ 1 746 €. Impôt catalan : environ 1 739 €. Total : environ 3 485 €, soit 14,5 % de sa pension, auxquels s'ajoute la cotisation maladie prélevée en France, entre 770 et 1 010 € selon la part de sa pension qui relève du régime de base et celle qui relève de la complémentaire. Un calcul indicatif, qui ne tient compte d'aucune autre déduction : il montre surtout qu'à pension moyenne, s'installer en Catalogne ne fait pas baisser l'impôt. Faites simuler les deux pays avant de décider.
Les revenus de l'épargne (intérêts, dividendes, plus-values mobilières) ont leur propre barème : 19 % jusqu'à 6 000 €, 21 % jusqu'à 50 000 €, 23 % jusqu'à 200 000 €, 27 % jusqu'à 300 000 € et 30 % au-delà depuis 2025. Une assurance-vie française rachetée par un résident espagnol entre dans ce barème ; le régime fiscal français avantageux ne suit pas.
La déclaration annuelle est le modelo 100, déposée d'avril à fin juin de l'année suivante. Comme vos pensions françaises ne subissent aucune retenue espagnole, vous êtes tenu de déclarer dès qu'elles dépassent 15 876 € par an : c'est le seuil que l'article 96 de la loi de l'IRPF retient lorsque le payeur n'est pas tenu de pratiquer une retenue espagnole. En pratique, vous avez intérêt à déclarer dans tous les cas.
Quelles déclarations patrimoniales en Espagne ?
Le modelo 720 : vos avoirs restés en France
Un résident fiscal espagnol déclare ses avoirs situés à l'étranger dès qu'une des trois catégories dépasse 50 000 € au 31 décembre : comptes bancaires, titres et assurances-vie, immeubles. Le dépôt se fait du 1er janvier au 31 mars. Ce n'est pas un impôt, mais un oubli coûte cher. Le régime de sanctions a été adouci par la loi 5/2022 après la condamnation de l'Espagne par la Cour de justice de l'Union européenne en janvier 2022, sans disparaître. Les cryptoactifs détenus à l'étranger relèvent du modelo 721, avec le même seuil.
L'impôt sur la fortune en Catalogne
Un résident de Catalogne est imposé sur son patrimoine mondial au-delà de 500 000 €, après exonération de sa résidence principale jusqu'à 300 000 €. Le barème catalan va de 0,21 % sur la première tranche à 2,75 % au-delà de 10,7 millions d'euros, et il n'existe pas de bonification générale, contrairement à Madrid ou à l'Andalousie. Au-delà de 3 millions d'euros, l'impôt temporaire de solidarité sur les grandes fortunes peut s'y ajouter. Pour un couple, chacun a son propre abattement.
Le calendrier du départ : ce qui se joue en France
- Vendre sa résidence principale française. L'exonération de plus-value est maintenue si la vente intervient au plus tard le 31 décembre de l'année suivant votre départ, et si le logement n'a pas été loué ni prêté entre-temps. Au-delà, la plus-value devient imposable selon le régime des non-résidents.
- Prévenir les caisses de retraite. Envoyez à chaque caisse du privé le formulaire 5000 (attestation de résidence), avec l'annexe 5003 pour les pensions, visé par l'Agencia Tributaria. Sans lui, la caisse applique la retenue à la source des non-résidents alors que la pension n'est plus imposable en France, et il faut ensuite se faire rembourser.
- Déclarer le changement d'adresse sur impots.gouv.fr. L'année du départ, vous déposez une déclaration de revenus française normale, avec les revenus perçus jusqu'au départ en résident et ceux perçus après en non-résident (formulaire 2042-NR pour les revenus restant imposables en France).
- Pension publique. Elle reste imposée en France selon les règles des non-résidents : un taux minimum de 20 % jusqu'à la limite supérieure de la deuxième tranche du barème — 29 579 € de revenu net imposable pour les revenus de 2025 — et de 30 % au-delà, ou le taux moyen sur option quand il est plus favorable. Le seuil est réévalué chaque année : vérifiez-le sur impots.gouv.fr au moment de déclarer. Déclarez-la aussi en Espagne pour le calcul du taux.
- Grosses plus-values latentes sur titres. L'exit tax française ne vise que les personnes qui ont été domiciliées en France pendant au moins six des dix années précédant le départ et qui détiennent plus de 800 000 € de titres ou au moins 50 % des bénéfices sociaux d'une société. Si c'est votre cas, la date de départ s'étudie avec un conseil.
Le statut de résident : les démarches en Espagne
Comme citoyen de l'Union européenne, vous n'avez pas besoin de visa. Il faut en revanche :
- vous inscrire au registre municipal, le padrón, auprès de la mairie de votre commune : voir notre guide de l'empadronamiento ;
- demander, si votre séjour dépasse trois mois, le certificat d'enregistrement de citoyen de l'Union (le « NIE vert », formulaire EX-18) auprès de la Policía Nacional de la province, sur rendez-vous, en justifiant de ressources suffisantes et d'une couverture santé (votre S1 suffit) ;
- passer votre voiture en plaques espagnoles, votre permis et vos comptes bancaires au régime de résident.
Si vous avez déjà un NIE de non-résident, obtenu pour l'achat, le numéro reste le même. Ces démarches font partie de celles que nous prenons en charge pour nos propriétaires : les démarches administratives.
Acheter pour y vivre : ce qui change par rapport à une résidence secondaire
Le prix d'achat en Catalogne s'alourdit d'un impôt de mutation (ITP) progressif depuis le 27 juin 2025 : 10 % jusqu'à 600 000 €, 11 % de 600 000 à 900 000 €, 12 % jusqu'à 1,5 million et 13 % au-delà. Sur du neuf, c'est la TVA à 10 % plus un droit d'enregistrement. Ajoutez notaire, registre et avocat.
Deux points propres au projet de retraite :
- L'emplacement compte plus que la vue. Beaucoup de lotissements de la Costa Brava se vident d'octobre à mai. À 75 ans, être à dix minutes à pied d'un CAP, d'une pharmacie et d'un commerce ouvert l'hiver vaut plus qu'une crique. Palafrugell, Palamós, Sant Feliu de Guíxols ou Platja d'Aro vivent à l'année ; notre comparatif des villes où vivre toute l'année les passe en revue.
- La revente future. Une fois résident fiscal espagnol, la plus-value sur la vente de votre résidence habituelle est totalement exonérée à partir de 65 ans, à condition d'y avoir vécu au moins trois ans. Cette exonération n'existe pas pour un non-résident : si vous repartez en France avant de vendre, vous la perdez. Voir les exonérations de plus-value.
Enfin, pensez à la transmission : en devenant résident catalan, ce sont en principe les règles catalanes des droits de succession qui s'appliqueront à vos héritiers. Pour le partage lui-même, le règlement européen des successions retient par défaut la loi de votre résidence habituelle (ici le droit civil catalan), sauf si vous avez choisi par testament la loi de votre nationalité. Faites relire votre testament en même temps que vous changez de pays.
Mis à jour en septembre 2026.
Questions fréquentes
Ma pension de la CNAV sera-t-elle imposée deux fois ?
Non. Une pension du régime général est imposée uniquement en Espagne une fois que vous y êtes résident fiscal. Pour que la France cesse toute retenue, il faut transmettre à la caisse le formulaire 5000 et son annexe 5003, visés par le fisc espagnol.
Je suis fonctionnaire retraité : ai-je un intérêt fiscal à partir ?
Sur la pension elle-même, peu : elle reste imposée en France. L'Espagne la prend seulement en compte pour fixer le taux de vos autres revenus. Le gain viendra surtout de la suppression de la CSG, remplacée par une cotisation maladie plus faible si vous restez couvert par la France.
Est-ce que je paie moins d'impôts en Espagne qu'en France ?
Pas forcément, et rarement en Catalogne pour une pension moyenne : le barème espagnol commence à 19 % et les abattements sont faibles. L'écart se réduit avec la fin de la CSG. Seule une simulation des deux côtés, avec vos chiffres, permet de conclure.
Combien de temps puis-je passer en Espagne sans devenir résident fiscal ?
Jusqu'à 183 jours par année civile, à condition que votre foyer et vos intérêts économiques restent en France. Au-delà, ou si l'essentiel de votre vie est en Espagne, vous êtes résident espagnol pour toute l'année.
Le formulaire S1 est-il obligatoire ?
Non, mais c'est la seule façon d'être soigné gratuitement dans le système public espagnol en restant rattaché à la France. Sans lui, il faut une assurance privée ou, après un an de padrón, le convenio especial à 157 € par mois après 65 ans.
Dois-je déclarer mon assurance-vie française en Espagne ?
Oui, sur le modelo 720 si la valeur de rachat de vos assurances-vie et titres à l'étranger dépasse 50 000 €. Les rachats sont imposés en Espagne au barème de l'épargne, de 19 % à 30 %.
Faut-il acheter avant ou après être devenu résident ?
Les frais d'achat sont les mêmes. Ce qui compte, c'est l'ordre des ventes : vendre sa résidence principale française dans le délai d'exonération, puis vivre au moins trois ans dans la maison espagnole comme résident pour pouvoir, après 65 ans, la revendre sans plus-value.
- BOE : convention fiscale France-Espagne du 10 octobre 1995 (articles 18, 19 et 24)
- BOE : loi 35/2006 de l'IRPF (résidence, minimum personnel, barème de l'épargne, obligation de déclarer)
- BOE : décret législatif catalan 1/2024 (barème autonomique de l'IRPF, impôt sur le patrimoine, ITP)
- BOE : Real Decreto 576/2013 (convenio especial de santé, 60 € et 157 € par mois)
- CLEISS : retraité d'un régime français résidant dans l'UE (S1, cotisation maladie)
- impots.gouv.fr : imposition des non-résidents, taux minimum et taux moyen