Télétravailler en Espagne 2026 : visa nomade, 183 jours, impôts

Citoyen européen en télétravail sur la Costa Brava : pas besoin de visa nomade, mais 183 jours, formulaire A1, loi Beckham et fibre à vérifier avant d'acheter.

S'installer et vivre13 min de lectureMis à jour le 29 septembre 2026

Si vous êtes citoyen de l'Union européenne, vous n'avez pas besoin du visa nomade digital pour télétravailler depuis la Costa Brava : vous pouvez y vivre et y travailler librement, avec un simple enregistrement au-delà de trois mois. Les vraies questions sont ailleurs. Combien de jours pouvez-vous passer en Espagne avant d'y devenir imposable ? Qui paie vos cotisations sociales quand vous travaillez depuis l'étranger ? Votre employeur est-il d'accord, et la maison que vous achetez a-t-elle une connexion qui tient une visioconférence ? Ce guide répond à tout cela pour un salarié ou un indépendant francophone qui veut partager son année entre la France et la côte, ou s'y installer.

Le visa nomade digital : pour qui, exactement ?

Le visado para teletrabajo de carácter internacional, introduit par la loi 28/2022 dite « loi start-up » dans la loi 14/2013, est réservé aux ressortissants de pays hors Union européenne, Espace économique européen et Suisse : Britanniques, Américains, Canadiens, Marocains… La loi exige de travailler à distance, par des moyens exclusivement informatiques, pour une entreprise établie hors d'Espagne, avec laquelle la relation dure depuis au moins trois mois, et d'être un professionnel qualifié : diplôme d'une université, d'une formation professionnelle ou d'une école de commerce reconnue, ou trois ans d'expérience au minimum. L'entreprise doit elle-même avoir au moins un an d'activité réelle. Un indépendant peut garder un client espagnol, à condition qu'il ne dépasse pas 20 % de son activité. La loi ne chiffre pas les ressources exigées : elle renvoie aux conditions générales de séjour, et l'administration applique en pratique un seuil de 200 % du salaire minimum, plus un supplément par membre de la famille. Le SMI 2026 étant fixé à 17 094 € bruts par an, cela représente de l'ordre de 34 200 € par an. Le montant exact et sa méthode de calcul sont ceux qu'affiche le consulat ou l'unité des grandes entreprises (UGE) au moment de la demande.

Un Français, un Belge, un Luxembourgeois ou un Suisse n'a rien de tout cela à demander. Ses seules formalités sont celles de tout citoyen européen :

  • Jusqu'à trois mois de séjour : aucune démarche.
  • Au-delà de trois mois : demande du certificat d'enregistrement de citoyen de l'Union (formulaire EX-18, souvent appelé « NIE vert ») auprès de la Policía Nacional de la province, sur rendez-vous. Il faut justifier d'un emploi, d'une activité indépendante ou de ressources suffisantes, et d'une assurance santé.
  • Le NIE, numéro d'identification des étrangers, que vous aurez sans doute déjà obtenu pour acheter : voir obtenir son NIE.
  • L'inscription au padrón de votre commune, qui prouve votre adresse : voir l'empadronamiento.
Conjoint non européen. Si votre conjoint ou partenaire enregistré n'a pas de passeport européen, il ne passe pas non plus par le visa nomade : il demande une carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union, sur la base de votre propre droit au séjour.

Combien de jours pouvez-vous passer en Espagne sans y être imposé ?

C'est la question qui compte. Vous devenez résident fiscal espagnol, imposable en Espagne sur vos revenus du monde entier, si sur une année civile :

  • vous passez plus de 183 jours en Espagne, consécutifs ou non ;
  • ou le centre de vos activités ou de vos intérêts économiques est en Espagne ;
  • ou votre conjoint et vos enfants mineurs y vivent, ce qui fait présumer que vous y résidez aussi.

Deux pièges guettent celui qui veut « vivre six mois sur la côte ». D'abord, six mois font 181 à 184 jours : la marge est nulle. Ensuite, la loi espagnole compte les absences « sporadiques » comme du temps passé en Espagne, sauf si vous prouvez votre résidence fiscale dans un autre pays. Un aller-retour de quatre jours à Lyon au milieu de votre séjour ne vous fait donc pas forcément gagner quatre jours.

La règle prudente : visez 150 à 160 jours au maximum par année civile, gardez vos preuves de présence en France (billets, factures, relevés bancaires, attestation de l'employeur sur le lieu de travail habituel) et demandez chaque année un certificat de résidence fiscale française. Le guide la règle des 183 jours détaille le décompte et la façon dont la convention tranche quand les deux pays vous revendiquent.

Le piège familial. Si votre conjoint et vos enfants s'installent sur la Costa Brava à l'année et que vous faites des allers-retours, l'Espagne peut vous considérer comme résident même avec moins de 183 jours sur place. Scolariser les enfants en Espagne, c'est déplacer le centre de la vie familiale.

Scénario 1 : vous restez résident français (moins de 183 jours)

Votre salaire reste imposé en France si trois conditions sont réunies (article 15 de la convention fiscale France-Espagne) :

  1. vous ne séjournez pas plus de 183 jours en Espagne sur une période quelconque de douze mois consécutifs — ce n'est pas l'année civile, contrairement au test de résidence espagnol ;
  2. votre employeur n'est pas établi en Espagne ;
  3. votre salaire n'est pas supporté par un établissement ou une filiale de votre employeur en Espagne.

Rien ne change alors pour votre déclaration française ni pour le prélèvement à la source. En Espagne, vous restez un propriétaire non-résident : vous déposez chaque année le Modelo 210 au titre de votre maison, même si vous ne la louez pas.

Côté cotisations sociales, un salarié qui travaille temporairement depuis un autre pays de l'Union reste affilié en France si son employeur demande un formulaire A1 (certificat de législation applicable). Ne partez pas travailler plusieurs mois sans ce document : c'est lui qui prouve, en cas de contrôle, que vous n'avez pas à cotiser en Espagne.

Scénario 2 : vous devenez résident espagnol

Si vous vivez sur place l'essentiel de l'année, vous déclarez l'ensemble de vos revenus en Espagne (modelo 100, d'avril à fin juin de l'année suivante), au barème de l'État et au barème catalan, dont le taux marginal combiné commence à 19 % et monte jusqu'à 50 %. Le détail des tranches figure dans notre guide sur la retraite et la résidence fiscale en Espagne, qui s'applique aussi aux actifs.

Ce que cela implique concrètement :

  • Votre employeur français doit cesser le prélèvement à la source français ; comme il n'est pas établi en Espagne, il ne retient rien en Espagne, et c'est à vous de payer l'impôt espagnol lors de la déclaration annuelle. Prévoyez la trésorerie.
  • En France, vous devenez non-résident. Les revenus de source française qui restent imposables en France (loyers d'un bien français, par exemple) sont déclarés en France, et l'Espagne accorde un crédit d'impôt pour éviter la double imposition.
  • Le modelo 720 : chaque année, avant le 31 mars, vous déclarez vos avoirs hors d'Espagne dès qu'une catégorie (comptes, titres et assurances-vie, immeubles) dépasse 50 000 €.
  • L'impôt sur la fortune catalan, au-delà de 500 000 € de patrimoine net mondial par personne, après exonération de la résidence principale jusqu'à 300 000 €.

Les cotisations sociales d'un salarié en télétravail depuis l'Espagne

Le règlement européen 883/2004 pose deux règles. Un salarié qui travaille entièrement depuis un seul pays est affilié dans ce pays. Un salarié qui partage son activité entre plusieurs pays est affilié dans son pays de résidence dès qu'il y exerce au moins 25 % de son activité. Un résident de la Costa Brava qui télétravaille à 100 % pour une entreprise française, ou même seulement un quart de son temps depuis l'Espagne, devrait donc, en principe, cotiser en Espagne, ce qui oblige l'employeur à s'y immatriculer.

Il existe une porte de sortie. La France et l'Espagne ont signé l'accord-cadre européen sur le télétravail transfrontalier : si le télétravail depuis l'Espagne représente moins de 50 % du temps de travail, l'employeur peut demander à rester sous la sécurité sociale française. La demande est faite par l'employeur, auprès de l'organisme de son pays, et vaut au maximum trois ans renouvelables. Au-delà de 50 %, seule une dérogation négociée au cas par cas (article 16 du règlement) peut éviter le basculement.

Le régime des impatriés (« loi Beckham »)

Un salarié qui devient résident espagnol peut demander le régime spécial de l'article 93 de la loi de l'IRPF, souvent appelé « loi Beckham ». Ses principaux traits :

  • imposition à 24 % des revenus du travail jusqu'à 600 000 € par an, puis 47 % au-delà, au lieu du barème progressif ;
  • imposition comme un non-résident pour le reste : les revenus de source étrangère (dividendes, intérêts, loyers hors d'Espagne) ne sont pas imposés en Espagne, et le modelo 720 n'est pas dû ;
  • durée : l'année de l'installation et les cinq suivantes ;
  • condition : ne pas avoir été résident fiscal espagnol pendant les cinq années précédentes ;
  • demande par le modelo 149, dans les six mois qui suivent la date de début d'activité figurant sur l'affiliation à la Sécurité sociale espagnole — ou, si vous restez sous la sécurité sociale d'origine, sur le document qui l'atteste. Passé ce délai, c'est définitivement trop tard.

Depuis la loi 28/2022, le régime vise expressément le salarié qui travaille à distance depuis l'Espagne avec des moyens exclusivement informatiques, pour un employeur étranger. C'est intéressant pour un salaire élevé : pour un revenu modeste, le barème normal peut être plus avantageux que 24 % fixes. Les indépendants n'y ont accès que dans des cas restreints (activité entrepreneuriale reconnue innovante, professionnels hautement qualifiés au service de start-up). Faites chiffrer les deux options par un conseil avant de déposer le modelo 149.

Et si vous êtes indépendant ?

Un freelance, un consultant ou un auto-entrepreneur qui s'installe réellement en Espagne y exerce son activité : il doit s'immatriculer comme travailleur indépendant (autónomo) auprès de l'administration fiscale (déclaration de début d'activité par le modelo 036 ; l'ancien modelo 037 simplifié n'existe plus) et de la Sécurité sociale (régime RETA). Les cotisations mensuelles dépendent des revenus réels, avec un tarif réduit, la tarifa plana, pendant la première année pour les nouveaux inscrits. Il facture ensuite avec la TVA espagnole ou l'autoliquidation selon ses clients, et dépose des déclarations trimestrielles.

Garder une micro-entreprise française en vivant l'essentiel de l'année sur la Costa Brava n'est pas une solution durable : les deux administrations peuvent réclamer l'impôt et les cotisations. Rester sous 183 jours, avec un vrai foyer en France, reste la configuration la plus simple pour un indépendant.

Internet : vérifier avant d'acheter, pas après

La fibre est largement déployée sur la Costa Brava, dans les centres comme dans la plupart des lotissements (urbanizaciones). Mais certaines maisons isolées, dans les collines de Begur, de Pals ou de Calonge, ne sont raccordables qu'en 4G/5G ou par satellite. Pour un télétravailleur, c'est un critère d'achat :

  1. demandez au vendeur ou à l'agence une facture d'internet récente de la maison ;
  2. vérifiez l'adresse exacte sur les sites de raccordement des opérateurs (Movistar, Orange, Vodafone, Digi…) ;
  3. testez le réseau mobile dans la maison elle-même, pas dans la rue ;
  4. prévoyez une connexion de secours (forfait 5G avec partage de connexion) pour les jours de panne ou d'orage.

Les abonnements fibre se situent, d'après les offres affichées par les opérateurs, autour de 25 à 45 € par mois ; l'installation prend quelques jours à quelques semaines selon la saison, plus longtemps en été. Comparatif des opérateurs, démarches et astuces pour une maison vide une partie de l'année : installer la fibre dans sa résidence.

Côté espaces de travail, l'offre de coworking est limitée sur le littoral, où beaucoup d'activités sont saisonnières. Gérone, à 35 à 45 minutes de la côte, concentre l'essentiel des espaces et des événements professionnels. Pour choisir une commune qui reste vivante en hiver (écoles, commerces, cafés ouverts), voir notre comparatif des zones où vivre toute l'année.

Les pièges les plus fréquents

  • Partir sans l'accord écrit de l'employeur. Votre contrat, l'assurance de l'entreprise et le droit du travail peuvent l'interdire. Un avenant qui mentionne le lieu de télétravail et sa durée protège les deux parties.
  • Oublier le formulaire A1. Sans lui, vous ne pouvez pas prouver votre affiliation française en cas de contrôle.
  • Compter les jours à la louche. Tenez un calendrier précis, avec les justificatifs.
  • Découvrir la loi Beckham trop tard. Le délai de six mois ne se rattrape pas.
  • Acheter une maison sans fibre. C'est la première chose à vérifier, avant de signer le compromis d'achat, le contrat d'arras.
Information générale. Ce guide ne remplace pas un conseil personnalisé. La résidence fiscale, l'affiliation sociale et l'accès au régime des impatriés dépendent de votre contrat, de votre employeur et de votre calendrier réel. Faites valider votre situation par un conseil fiscal et social avant de changer d'organisation.

Mis à jour en septembre 2026.

Questions fréquentes

Un Français a-t-il besoin du visa nomade digital pour télétravailler en Espagne ?

Non. Ce visa est réservé aux ressortissants de pays hors UE, EEE et Suisse. Un citoyen européen peut vivre et travailler en Espagne librement ; au-delà de trois mois, il demande simplement son certificat d'enregistrement de citoyen de l'Union.

Puis-je télétravailler six mois par an sur la Costa Brava en restant imposé en France ?

Oui, si vous restez sous 183 jours par année civile, que votre foyer et vos intérêts économiques restent en France et que votre employeur n'est pas établi en Espagne. Six mois pleins sont trop proches du seuil : gardez une marge de plusieurs semaines.

Qui paie mes cotisations sociales si je télétravaille depuis l'Espagne ?

Si vous restez résident français et travaillez temporairement en Espagne, la France, avec un formulaire A1. Si vous devenez résident espagnol, l'Espagne dès que le télétravail atteint 25 % du temps, sauf accord-cadre (moins de 50 % de télétravail) ou dérogation demandée par l'employeur.

Mon employeur français doit-il s'immatriculer en Espagne ?

Pas pour l'impôt sur le revenu : sans établissement en Espagne, il ne retient rien et vous payez vous-même l'impôt espagnol. Pour les cotisations sociales, oui, si vous relevez de la sécurité sociale espagnole.

La loi Beckham s'applique-t-elle aux télétravailleurs ?

Oui, depuis la loi 28/2022, si vous devenez résident, que vous n'avez pas été résident espagnol les cinq années précédentes et que vous travaillez à distance pour un employeur étranger. La demande se fait par le modelo 149 dans les six mois suivant le début de l'activité.

Faut-il un NIE pour souscrire un abonnement internet ?

Cela dépend de l'opérateur : la plupart demandent un NIE, certains acceptent un passeport. Il faut aussi une adresse et un compte bancaire de la zone euro. Le règlement européen SEPA interdit de refuser un IBAN étranger, mais certains opérateurs traînent encore les pieds : avoir un NIE et un compte espagnol simplifie les choses.

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