← Tous les guides

Retraité francophone : acheter en Espagne et y prendre sa retraite sans piège fiscal (2026)

Retraite en Espagne : pension privée taxée en Espagne, publique en France, S1 (−9,1 %), 183 jours, modelo 720, plus-value 65 ans. Guide fiscal expert 2026.

Ils sont environ 160 000 retraités français installés en Espagne, et la plupart découvrent une vérité contre-intuitive : prendre sa retraite au soleil n'est jamais neutre fiscalement. Tout se joue sur deux variables que la majorité ignore avant d'acheter : la nature de votre pension (privée ou publique) et la date exacte à laquelle vous basculez en résident fiscal espagnol. Bien planifié, le déménagement peut vous faire économiser 9,1 % sur votre pension française ; mal calé, il déclenche une double imposition, une plus-value perdue et des pénalités. Voici, chiffres à l'appui, comment éviter chaque piège, sachant que tout doit commencer avant l'achat.

Votre pension : privée ou publique ? Ça change tout

La convention fiscale France-Espagne de 1995 répartit le droit d'imposer selon l'origine de votre retraite. C'est le point de départ obligatoire.

Pensions du privé (article 18)

Régime général / CNAV, Agirc-Arrco, retraites d'entreprise.
Imposables uniquement en Espagne dès que vous y êtes résident fiscal. La France ne les taxe plus.

Pensions publiques (article 19)

Fonction publique d'État : fonctionnaires, militaires, enseignants du public.
Restent imposées en France, sauf si vous avez la nationalité espagnole.

Carrière mixte (privé + public) ? Vous déclarez dans les deux pays, chacun sur sa part. C'est fréquent et parfaitement gérable, à condition de ne pas le découvrir après coup.

Résident fiscal espagnol : la règle des 183 jours

Vous devenez résident fiscal en Espagne dès que l'une de ces conditions est remplie :

  • 183 jours de présence sur l'année civile (1er janvier → 31 décembre), même non consécutifs ;
  • ou votre centre des intérêts économiques (l'essentiel de vos revenus, biens, activités) se trouve en Espagne.

Conséquence directe : un résident fiscal espagnol déclare son revenu mondial au fisc espagnol, via le modelo 100 (campagne d'avril à juin de l'année suivante). L'année civile espagnole se calant sur l'année française, le choix de l'année de bascule devient un levier d'optimisation à part entière.

Le barème espagnol (IRPF) : 19 % dès le premier euro

Contrairement à la France et ses abattements généreux, l'IRPF espagnol démarre fort. Barème indicatif 2025/2026 (part étatique + régionale, variable selon la communauté autonome) :

  • 19 % de 0 à 12 450 €
  • 24 % de 12 450 à 20 200 €
  • 30 % de 20 200 à 35 200 €
  • 37 % de 35 200 à 60 000 €
  • 45 % de 60 000 à 300 000 €
  • 47 % au-delà de 300 000 €

Les retraités bénéficient toutefois d'abattements : minimum personnel 5 550 €, +1 150 € dès 65 ans, +1 400 € supplémentaires à 75 ans, plus une réduction forfaitaire de 2 000 € sur les revenus de pension. Les revenus du capital (intérêts, dividendes, plus-values mobilières) relèvent d'un barème séparé, la tarifa del ahorro : 19 % jusqu'à 6 000 €, 21 % de 6 000 à 50 000 €, 23 % jusqu'à 200 000 €, 27 % jusqu'à 300 000 €, 28 % au-delà.

Le gain le plus concret : −9,1 % grâce au formulaire S1

Voici la bonne nouvelle que beaucoup ignorent. Tant que vous résidez en France, votre pension supporte la CSG/CRDS/CASA, soit 9,1 %. Une fois résident espagnol affilié au système de santé espagnol via le formulaire S1 (délivré par votre caisse française, à présenter à l'INSS espagnol), vous en êtes exonéré. Sur une pension de 24 000 €/an, c'est plus de 2 100 € économisés chaque année.

Le S1 transfère votre couverture santé : la France finance, l'Espagne soigne. Vous n'y avez pas droit (pas encore l'âge, statut particulier) ? L'alternative est le convenio especial, une adhésion volontaire à la Sécu espagnole pour environ 60 €/mois, accessible après au moins 1 an d'empadronamiento (padrón).

Important. Ce guide est une information générale à jour à la date de rédaction, et non un conseil fiscal ou juridique personnalisé. La convention France-Espagne, les barèmes IRPF, l'impôt sur la fortune et les abattements évoluent et varient fortement selon votre communauté autonome et votre situation (nature des pensions, patrimoine, calendrier). Faites toujours valider votre cas précis par un avocat fiscaliste ou un gestor avant de transférer votre domicile.

La région compte autant que le pays

« La fiscalité espagnole » n'existe pas : chaque communauté autonome module l'IRPF, l'impôt sur la fortune et les abattements. Pour nos clients de la Costa Brava (Catalogne), le constat est sans détour : la Catalogne figure parmi les régions les plus lourdes, là où Madrid ou l'Andalousie sont nettement plus douces.

L'écart le plus spectaculaire concerne l'impôt sur la fortune (impuesto sobre el patrimonio) : abattement général de 700 000 € + 300 000 € pour la résidence principale, puis barème national de 0,2 % à 3,5 %. Madrid bonifie cet impôt à 100 % (vous payez 0 €) ; la Catalogne, elle, l'applique pleinement. À patrimoine égal, le lieu de résidence peut représenter des milliers d'euros par an.

Le modelo 720 : déclarer vos avoirs restés en France

Devenu résident, vous devez déclarer vos avoirs détenus hors d'Espagne (comptes, titres, biens immobiliers) dès qu'une catégorie dépasse 50 000 €, via le modelo 720, déposé entre le 1er janvier et le 31 mars. C'est une déclaration informative, pas un impôt, mais l'oublier reste sanctionné, même si le régime d'amendes a été assoupli depuis 2022 (après condamnation de l'ancien dispositif par la justice européenne).

Le calendrier : le vrai terrain de jeu

Trois fenêtres temporelles déterminent à elles seules la réussite ou l'échec fiscal de votre installation.

  1. Vendre votre résidence principale française AVANT de partir. L'exonération de plus-value sur la résidence principale n'est conservée que si la vente intervient au plus tard le 31 décembre de l'année suivant le transfert de votre domicile fiscal. Passé ce délai, le bien devient « secondaire » et la plus-value redevient taxable.
  2. Notifier le fisc français. Sans certificat de résidence fiscale espagnol transmis à votre caisse (formulaires 5000/5003), la France continue de prélever : vous subissez une double retenue le temps de régulariser.
  3. Choisir l'année de bascule. Vendre des actifs, percevoir un capital ou solder un compte se planifie selon que vous êtes encore résident français ou déjà espagnol cette année-là.

Revente en Espagne : l'exonération « 65 ans »

L'Espagne offre une exonération totale de plus-value à la revente de la vivienda habitual, réservée aux résidents fiscaux de 65 ans et plus, sous conditions (occupation continue d'au moins 3 ans). Un non-résident, lui, est taxé à 19 % (résidents UE/EEE), avec une retenue de 3 % du prix prélevée par l'acheteur, à régulariser via le modelo 210 sous 3 mois. Être bien résident fiscal au moment de revendre n'est donc pas un détail : c'est la différence entre 0 % et la facture.

Et l'achat lui-même : budgétez 10 à 15 %

Au prix affiché, ajoutez 10 à 15 % de frais : ITP de 4 à 13 % selon la région (ancien) ou TVA 10 % (neuf), notaire 0,5-1 %, registre foncier 0,4-0,7 %. Et rien ne se signe sans NIE. Notre guide des frais d'achat détaille chaque poste.

Get in touch

Let's talk about your villa.

A 15-minute conversation is enough. We assess your needs, we propose a tailored plan.