Vous êtes salarié français en télétravail, vous rêvez d'acheter une maison sur la Costa Brava et d'y passer la moitié de l'année, ordinateur sur la terrasse. Sur le papier, le sujet semble être « le visa nomade digital ». C'est un faux ami. Le visa nomade espagnol est réservé aux ressortissants hors UE : en tant que Français, citoyen de l'Union, vous n'en avez ni besoin ni droit. Le vrai piège est ailleurs, et il est fiscal : la règle des 183 jours, qui peut faire basculer votre résidence fiscale vers l'Espagne sans que vous vous en rendiez compte. Ce guide démonte le réflexe « visa nomade » et vous recentre sur ce qui compte vraiment : où sont imposés vos revenus, et comment travailler concrètement (fibre, coworking) depuis la côte.
Le visa nomade digital n'est pas pour vous (et c'est une bonne nouvelle)
Le Visado de Teletrabajo de Carácter Internacional impose un revenu minimum porté à 2 849 €/mois en 2026 (200 % du SMI, contre 2 763 € auparavant) et toute une procédure consulaire. Mais il est destiné aux Américains, Britanniques, Canadiens… bref, aux non-UE/EEE/Suisse. Un Français entre et travaille librement en Espagne, sans visa ni autorisation. La seule formalité concerne le séjour long :
- Jusqu'à 90 jours : aucune démarche, vous êtes chez vous comme partout dans l'UE.
- Au-delà de 90 jours : inscription au Registre central des étrangers dans les 3 mois, pour obtenir le certificado de registro de la UE (le « NIE vert ») et un NIE.
Le NIE est par ailleurs indispensable pour acheter, ouvrir un compte bancaire, signer un bail ou souscrire la fibre. Anticipez-le avant d'emménager. Pour le détail, voyez notre guide dédié au NIE.
Le vrai sujet : la règle des 183 jours
Voici le cœur du problème. Passer plus de 183 jours en Espagne sur une année civile (1er janvier - 31 décembre) vous rend résident fiscal espagnol, donc imposable en Espagne sur vos revenus mondiaux, y compris votre salaire versé par un employeur français. Les jours n'ont pas besoin d'être consécutifs : on les additionne.
Le danger pour qui veut « vivre 6 mois » : six mois pleins représentent ~182 à 184 jours. La marge est dérisoire. Pire, les absences sporadiques (un week-end à Paris, des vacances ailleurs) sont comptées comme du temps passé en Espagne, sauf si vous prouvez votre résidence fiscale dans un autre pays par un certificat officiel. Le décompte joue mécaniquement contre vous.
Trois critères, pas un seul
Les 183 jours ne sont qu'une porte d'entrée. L'administration (Hacienda) peut vous déclarer résident même sous 183 jours si :
- Le centre de vos intérêts économiques est en Espagne (activité ou patrimoine principal y est localisé) ;
- Le centre de vos intérêts vitaux y est : conjoint non séparé et/ou enfants mineurs résidant habituellement en Espagne.
Conséquence directe : un télétravailleur qui installe sa famille sur la côte peut être considéré résident fiscal espagnol même en passant moins de six mois sur place. Sur cette frontière, lisez aussi notre guide résident ou non-résident.
Deux stratégies à trancher tôt
A · Rester sous 183 jours
Vous demeurez résident fiscal français. Votre salaire reste imposé en France si les 3 conditions cumulatives de l'article 15 de la convention sont réunies :
- moins de 183 jours en Espagne ;
- employeur non-résident d'Espagne ;
- pas d'établissement stable de l'employeur en Espagne.
Munissez-vous d'un certificat de résidence fiscale française (valable 1 an) à transmettre à votre employeur.
B · Devenir résident espagnol
Vous déclarez vos revenus mondiaux en Espagne (IRPF) et, côté France, via les formulaires 2047 + 2042 avec crédit d'impôt (article 24) pour éviter la double imposition.
La France conserve l'imposition des pensions publiques de fonctionnaires (article 19). C'est aussi la voie qui ouvre, sous conditions, le régime Beckham (ci-dessous).
Le régime Beckham : intéressant, mais piégeux
Si vous basculez résident espagnol, le régime des impatriés (« loi Beckham ») peut être très avantageux :
- Taux fixe de 24 % sur les revenus du travail jusqu'à 600 000 € (puis 47 % au-delà) ;
- Exonération des revenus de source étrangère (dividendes, intérêts, loyers hors Espagne) ;
- Durée de 6 ans (année d'arrivée + 5 suivantes) ;
- Condition : ne pas avoir été résident fiscal espagnol les 5 années précédentes, et demander le régime via le Modelo 149 dans les 6 mois suivant le début d'activité.
Le piège : l'accès passe par un contrat espagnol, un transfert ordonné par l'employeur, un statut d'administrateur ou le télétravail nomade, mais les freelances/autónomos en sont en pratique largement exclus, et l'éligibilité du salarié en télétravail pour un employeur étranger reste une zone grise à faire valider par un conseil (AEAT), pas un acquis.
Devenu résident : le Modelo 720 sur votre patrimoine français
Une fois résident fiscal espagnol, vous devez déclarer vos biens détenus hors d'Espagne (comptes, immobilier, titres) via le Modelo 720, dès qu'une catégorie dépasse 50 000 € au 31 décembre. Dépôt avant le 31 mars de l'année suivante. À ne surtout pas négliger : l'omission expose à de lourdes pénalités. S'ajoute un possible impôt sur le patrimoine, dont les seuils et barèmes varient selon la communauté autonome (en Catalogne, la résidence principale est souvent exonérée jusqu'à 300 000 €).
Avertissement. Cet article présente une information générale à jour à la rédaction (2026) ; il ne constitue pas un conseil personnalisé. La résidence fiscale, l'éligibilité au régime Beckham et les obligations déclaratives dépendent de votre situation précise et de l'interprétation de l'administration (AEAT). Avant tout achat ou changement de statut, faites valider votre cas par un conseil fiscal binational.
Internet sur la Costa Brava : très bon, à un détail près
Bonne nouvelle pour le télétravail : la fibre optique est largement déployée, jusque dans les villages. Les abonnements démarrent autour de 30 €/mois :
- Orange 600 Mb ≈ 30,95 €/mois ;
- Vodafone 300 Mbps ≈ 30,99 €/mois ;
- Packs Movistar plus chers (≈ 58 €/mois) mais réputés stables.
Installation par technicien en 2 à 5 jours. La couverture 4G/5G est excellente avec une SIM locale Movistar ou Orange, utile en secours. Rappel : il faut un NIE pour souscrire à votre nom.
Coworking : l'offre est concentrée à Gérone
Ne supposez pas un espace dédié dans chaque village : la culture « résidence secondaire » fait que les coworkings sont rares sur la côte. L'offre se concentre à Gérone (Oniria, espaces type SHOTS Coffee… ~5 espaces référencés), qui a la meilleure infrastructure. Sur le littoral, on trouve quelques adresses : The Hub Tossa (Tossa de Mar), CoWorking Costa Brava (Palafrugell), Costa Digital Coworking (Palamós), Alta Mar (Calonge). Pour un télétravailleur exigeant, la fibre à domicile reste la solution principale ; le coworking, un complément.
